Les blattes et les termites appartiennent à l’ordre des blattoptères (Blattodea). La classification de ces groupes est encore sujette à différentes hypothèses. L’une d’entre elles voudrait qu’ils soient inclus avec les mantes dans l’ordre des Dictyoptera. D’autres voudraient les séparer complètement, les blattes faisant partie de l’ordre des Blattodea et les termites de l’ordre des Isoptera. Cependant, les dernières recherches sur la génétique de ces groupes suggèrent qu’ils ont évolué d’un ancêtre commun et qu’ils sont ainsi fortement liés.

La blatte est aussi appelée cafard ou cancrelat en Europe, coquerelle au Canada et ravet aux Antilles. Ces insectes sont considérés comme « nuisibles » à cause des mœurs de certaines de leurs espèces. Au total, moins de 1 % des espèces connues de blattes interagissent avec l’être humain et peuvent être réellement considérées comme des indésirables. Près de 25 à 30 espèces peuvent être problématiques et de ce nombre, la moitié cause des problèmes occasionnels.

Les espèces dites « nuisibles » sont synanthropes et on les retrouve principalement dans les cuisines, où elles se nourrissent des déchets des humains.

Les quelque 6 000 espèces réparties à travers le monde varient en forme, en couleur et en taille. Leur apparition sur Terre date de près de 355 millions d’années.

Description

Les blattes sont généralement des insectes assez grands. Leur taille peut varier de quelques millimètres à près de 100 mm chez les grosses espèces. Par exemple, l’espèce Macropanesthia rhinoceros d’Australie ou Gromphadorhina portentosa de Madagascar peuvent atteindre jusqu’à 9 cm de long.

La tête porte de longues et fines antennes formées d’un grand nombre d’articles. Ils ont de grands yeux composés. Les pièces buccales sont de type broyeur et elles se retrouvent à l’avant de la tête.

Le thorax est recouvert à l’avant par le pronotum. La majorité des espèces possèdent deux paires d’ailes et certaines espèces sont capables de s’envoler très rapidement. On retrouve aussi des espèces qui n’ont pas d’ailes ou encore des ailes de taille réduite. Chez les espèces ailées, les ailes antérieures, appelées tégmines, sont opaques et coriaces. Elles protègent les ailes postérieures. Ces dernières sont plus délicates et transparentes.

Leur corps a une forme ovale, aplatie dorso-ventralement. L’abdomen possède dix segments et à son extrémité, on retrouve les cerques, deux appendices sensoriels. La plupart des blattes sont de couleur brune ou noire cependant certaines présentent des couleurs vives et des motifs2.

Évolution et liens évolutifs

Les termites ont déjà été séparées de l’ordre des Blattodea pour devenir un ordre à part : les Isoptera. Cependant, les dernières recherches sur la génétique de ces groupes suggèrent qu’ils ont évolué d’un ancêtre commun. Les termites, les cafards et les mantes sont étroitement liés et sont maintenant classés dans un super-ordre appelé Dictyoptera. Les plus anciens fossiles de ce groupe proviennent de la période du carbonifère, il y près de 355 millions d’années.Ces fossiles anciens diffèrent des cafards modernes par la présence d’un long ovipositeur externe.Les premiers fossiles de cafard moderne avec un ovipositeur interne sont apparus au début du crétacé, il y a 250 millions d’années.

Les membres de cet ordre ont un développement hémimétabole qui se déroule en trois étapes principales : l’œuf, la nymphe et l’adulte. La nymphe est relativement similaire à l’adulte. Elle est cependant plus petite, ses ailes ne sont pas développées et ses organes sexuels ne sont pas encore à maturité. Dans certaines cas, elles ont une coloration différente des adultes. Au cours de sa croissance, elles ressembleront de plus en plus à l’adulte et c’est à leur dernière mue, que les ailes finissent par se déployer complètement (chez les espèces à longues ailes).

Pendant la période de reproduction, les cafards femelles émettent des phéromones pour attirer les mâles. Chez certaines espèces, les mâles pratiquent une parade nuptiale qui se compose d’une série de mouvements des appendices et par la création de son par stridulation. À l’accouplement, le mâle et la femelle sont inversés et les pièces génitales sont en contact direct. Certaines espèces sont connues pour pratiquer la reproduction par parthénogenèse2.

Certaines espèces de blattes, comme Gromphadorhina portensa, sont ovovivipares

Selon les espèces, la femelle peut pondre une oothèque pouvant contenir en moyenne entre 12 et 25 œufs. Chez la blatte germanique (Blattella germanica) , la femelle peut pondre entre 3 et 6 oothèques et chacune d’elles peut contenir jusqu’à 50 œufs. L’incubation est variable selon l’espèce et les conditions environnementales. Chez certaines espèces, la femelle dépose l’oothèque directement sur le substrat ou le cache à l’intérieur d’une crevasse. D’autres le portent sous leur abdomen à l’aide de leurs pattes jusqu’à l’éclosion des œufs. On retrouve également des espèces qui pratiquent l’ovoviviparité. Ces blattes incubent l’oothèque à l’intérieur de leur abdomen jusqu’à l’émergence des petits. Chez Blattodea, le genre Diploptera est le seul connu à pratiquer la viviparité.

Les nymphes sont d’abord de coloration blanchâtre et translucide à l’émergence. Après quelques heures, ils deviennent plus foncés. La durée du développement est variable d’une espèce à l’autre et dépend des conditions environnementales. Elle est généralement lente et peut prendre quelques mois à plus d’un an. En laboratoire, les adultes de certaines espèces ont survécu pendant près de quatre ans.

Comportements

Répartition et habitats

Groupe d’Eublaberus distanti dans une grotte

Les blattes peuplent presque tous les habitats terrestres et elles sont largement distribuées à travers le monde. Elles sont plus abondantes dans les régions tropicales et subtropicales. On peut retrouver des spécimens de Blattodea directement sur le substrat, sous les pierres ou les débris organiques, sous les écorces des arbres, dans les hautes herbes, dans la canopée, dans les grottes, à l’intérieur de fourmilière et dans bien d’autres habitats. Les espèces tropicales sont adaptées aux fortes chaleurs et à l’humidité de la jungle8.

Les espèces nuisibles sont capables de s’adapter à une multitude d’habitats mais ils préfèrent la chaleur retrouvée dans les habitations.

Alimentation

Les blattes sont généralement omnivores cependant on retrouve des espèces strictement xylophages, comme le genre Cryptocercus. Les espèces xylophages ne sont pas capables de digérer le bois en raison des toxines présentes dans celui-ci. Ils utilisent donc des relations symbiotiques avec divers protozoaires et avec des bactéries pour extraire les éléments nutritifs.

Les cafards sont des insectes charognards, ils mangent absolument tout, végétal, plastique. Bien qu’ils aient une préférence pour les sucres, les protéines et les féculents, ils sont également connus pour leur appétit des cheveux, les livres et la matière en décomposition, et peuvent même se montrer cannibales, mangeant leurs propres larves et leurs semblables.

SonsPour séduire le sexe opposé, certaines espèces de cafards produisent des vibrations et des sons. Par exemple, des espèces tropicales australiennes ont été observées à produire des sons par la sortie d’air des stigmates. En outre, en présence d’un partenaire potentiel, l’insecte appuie son abdomen sur le substrat et le bouge de manière rythmée et répétitive. Une hypothèse voudrait que les espèces qui se perchent soient plus amenées à communiquer par des sons que les espèces qui habitent sur le substrat ou encore le bas de la végétation12.

Espèces nuisibles

Blattodea germanica est considérée comme l’une des espèces de blattes les plus nuisibles

Au total, moins de 1% des espèces connues de blattes interagissent avec l’homme et peuvent être réellement considérées comme des indésirables. Seulement 4 ou 5 espèces sont considérées comme nuisibles à l’échelle mondiale. Par ordre d’importance, on retrouve la blatte germanique (Blattella germanica), la blatte orientale (Blatta orientalis), la blatte américaine (Periplaneta americana) et la blatte à bande brune (Supella longipalpa)13.

Blatta lateralisPolyphaga sp., Rhyparobia maderaeNauphoeta cineraPycnoscelus surinamensisBlattela asahinaiNeostylopyga rhombifolia et Eurycotis floridana peuvent être considérées comme problématiques dans certaines régions13.

Les espèces nuisibles qui se retrouvent dans les habitations se nourrissent des différents aliments disponibles. Les insectes peuvent devenir très nombreux et dégager une odeur nauséabonde14. Ils peuvent également être porteurs de microbes et provoquer des allergies chez l’homme.

Ces insectes présentent des comportements grégaires et peuvent se retrouver en grand nombre. Les blattes sécrètent des phéromones par le rectum et il s’en retrouve dans les fèces. Ces substances odorantes incitent les individus d’une même espèce à se regrouper. Certaines phéromones ont un large spectre et ne sont donc pas spécifiques à une seule espèce15. Lors d’une infestation, les abris où leurs excréments sont abondants apparaissent(en anglais Fecal Focal Point). L’abondance des excréments et des phéromones semble être très attractive pour les blattes.

Le comportement d’agrégation d’une colonie de blattes a pu être modifié grâce à l’intervention de robots miniaturisés qui ont été acceptés au sein de leur groupe, étant imbibés de phéromones16.

Expérimentalement, on observe que les blattes se développent moins vite lorsqu’elles sont isolées. De plus, les cafards se nourrissent davantage en présence de phéromones17. Chez les Blattes, le concept de hiérarchie ou de spécialisation des tâches est inexistant.

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Le kieselguhr ou terre de diatomée, le dioxyde de silicium issu du broyage de diatomite (algues unicellulaires fossilisées), est utilisé comme insecticide contre les blattes.

Capacités rustiques

Les blattes sont très résistantes, y compris à des doses de radiations mortelles pour l’homme. En effet, les blattes ont une résistance aux radiations beaucoup plus élevée que les vertébrés. Leur dose létalepeut être jusqu’à quinze fois plus élevée que celle de l’homme. Elles n’ont cependant pas le record chez les invertébrés, les mouches à fruit (Drosophilidae) étant capables de supporter une dose beaucoup plus importante.

Les blattes sont capables de rester actives pendant plus d’un mois sans nourriture et elles sont capables de survivre avec des ressources limitées, comme en s’alimentant de la colle à l’arrière des timbres-poste. Certaines peuvent être immergées sous l’eau pendant plus de 30 minutes et survivre.

Des expérimentations sur des blattes décapitées ont permis de démontrer qu’elles sont encore capables de réaliser une variété de comportements. Elles peuvent éviter les chocs ou encore prendre la fuite en cas de danger. Ces comportements se retrouvent également chez de nombreux invertébrés décapités. Il est à rappeler que le système nerveux central des insectes est constitué d’une double chaîne ventrale de ganglionsmétamériques situés sur le long du corps. Les ganglions les plus massifs sont intégrés pour former le cerveau situé dans la cavité de l’exosquelette de la tête. La tête seule peut survivre pendant plusieurs heures. Le corps est également capable de survivre mais sa longévité ne semble pas être documentée.

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