L’appellation « punaise des lits » peut désigner plusieurs espèces d’insectes hétéroptères de la famille des Cimicidae, selon les régions du monde où le terme est employé. Exclusivement hématophages, les mâles comme les femelles piquent et sucent (durant 10 à 20 mn) le sang de leur hôte, pouvant vivre sans manger jusqu’à 1 an et demie, voire 2 ans dans de bonnes conditions. Elles sont sources de fortes démangeaisons et de dermatites.

Au début du xxie siècle, certaines espèces de punaises semblent de nouveau proliférer, y compris dans des hôtels, hôpitaux ou maisons de retraite. Ce sont des insectes exclusivement nocturnes, mais lorsque la population augmente ils peuvent se promener même le jour. 
La revue Nature a publié en février 2016 de premières données génomiques sur la punaise du lit, qui pourrait permettre d’affiner les méthodes de prévention et de lutte.

Histoire

Ces punaises vivaient déjà aux dépens de l’homme dans l’antiquité (on en a retrouvé dans des tombes égyptiennes fermées il y a 3550 ans. 
Elles faisaient des ravages dans les tranchées, et dans de nombreuses habitations jusqu’à la Seconde Guerre mondiale où le DDT a permis, au moins provisoirement et dans les pays riches de les presque éliminer (années 1950) , puis depuis la fin du XXème siècle, leurs populations se développent à nouveau , notamment dans les environnement urbains.

Piqûres de Cimex lectularius

Les espèces du genre Oeciacus, bien que ne faisant pas partie de la famille des punaises des lits, possèdent beaucoup de points communs avec celles-ci, mais affectent surtout les oiseaux.

Pour étudier ces espèces et leur sexualité (insémination traumatique), dès le début du XXème siècle, des méthodes d’élevage (avec nourriture artificielle) ont été mises au point.

Reproduction et cycle de vie

L’adulte peut vivre de 6 à 24 mois; lors de l’accouplement le mâle effectue une « insémination traumatique » en transpercant la cuticule de l’abdomen de la femelle dans une zone dénommée « ectospermalège » pour y injecter son sperme ; il arrive qu’il manque cette cible, mais l’insémination peut ne pas échouer car un organe interne de la femelle (dit « mésospermalège« ) capte et drainer les spermatozoïdes jusqu’à la spermathèque. Le traumatisme de la reproduction va néanmoins tuer de nombreuses femelles (phénomène observé en élevage et en milieu naturel) car le mâle introduit ainsi des germes pathogènes dans l’organisme des femelles qu’il féconde. 
Des comportements homosexuels sont aussi observés chez les mâles avec comme résultats que les spermatozoïdes de l’assaillant se mêlent à celui de l’assailli qui (s’il ne meurt pas) lors de sa prochaine insémination d’une femelle lui transfèrera deux souches de spermatozoïdes au lieu d’une

Les œufs (blanchâtres, très ovales, longs de 1 à 3 mm operculés) sont émis par paquets de 5 à 15, trois à dix jours après la fécondation au plus tard , si la température est comprise entre 14 et 27°C et un repas sanguin est nécessaire à leur maturation. Une femelle peut être fécondée plusieurs fois et pondre de 200 à 500 œufs dans sa vie.

La nymphe passe par 5 stades de croissance pour devenir adultes, chaque stade nécessitant un repas sanguin et durant 3 à 15 jours. À jeun la larve est presque translucide ce qui la rend souvent discrète.

Interactions écologiques

La Scutigère véloce est l’un des prédateurs de la punaise de lit.

Hématophage

Elles sont des ectoparasites exclusivement hématophages, elles piquent et sucent le sang de leur hôte puis se cachent dix à douze jours pour le digérer.

Vecteur de maladies ?

D’après le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses (CCNMI), jusqu’à ce jour, il n’a pas été démontré que les punaises des lits pouvaient transmettre des maladies infectieuses comme peuvent le faire les moustiques. Mais elles restent considérées comme un problème de santé publique en raison des manifestations dermatologiques qu’induisent leurs piqures.

En 1979 Jupp et McElligott concluent que le risque de transmission vectorielle de l’hépatite B par Cimex lectularius n’existe pratiquement pas15.

En 2014 alors que les populations de punaises de lit ont explosé et parce qu’elles partagent de nombreux traits importants avec les insectes triatomes (véhicules fréquent du parasite Trypanosoma cruzi, l’agent étiologique de la maladie de Chagas) l’hypothèse que la punaise de lit puisse aussi être vectrice de Trypanosoma cruzi a aussi été étudiée. Ce travail montre qu’une transmission efficace (et bidirectionnelle) de T. cruzi d’hôtes à la punaise de lit est possible (en conditions de de laboratoire au moins : là, presque toutes les punaises de lit qui s’étaient nourri sur des souris expérimentalement infectées ont acquis le parasite. Ensuite une majorité de souris non-infectées ont acquis le parasite après une période de cohabitation avec des punaises de lit infectées. En outre le trypanosome (T. cruzi) a aussi été transmis aux souris après que seuls des excréments de punaises de lit infectées aient été appliqués sur la peau de l’hôte. Enfin, les mesures quantitatives de défécation des punaises de lit étaient similaires à celles des vecteurs importants de la triatomine. Les auteurs en concluaient que la punaise de lit commune pourrait être un vecteur compétent de T. cruzi, laquelle pourrait donc éventuellement transmettre la maladie de Chagas à l’Homme ou à d’autres animaux.

La puce de lit tropicale Cimex hemipterus (tout comme la puce et le pou) peut être porteuse (durant plusieurs semaines) de la bactérie Bartonella quintana (également retrouvée vivante dans ses excréments), ce qui en fait a priori un vecteur possible de la bartonellose autrefois dite fièvre des tranchées et considérée comme maladie réémergente. Ceci a été montré à partir de punaises de lit échantillonnées dans deux prisons du Rwanda. Des études immunohistochimiques ont montré que la bactérie est présente dans le tube digestif intestinal. Elle a aussi été trouvée dans les larves du 1er et du second stade ce qui peut laisser penser qu’elle puisse aussi être vecteur d’autres agents pathogènes.

Plus de 45 agents pathogènes ont ainsi été évoqués par la littérature scientifique, avec parfois des essais visant à évaluer la compétence (en laboratoire) et la capacité vectorielle (in vivo) de Cimex lectularius A la différence des moustiques, des tiques ou des puces, les punaises des lits semblent être de mauvais vecteurs de bactéries, champignons ou virus pour l’homme.

 

Prédateurs

Le plus grand prédateur naturel de la punaise des lits serait la Scutigère véloce (Scutigera coleoptrata), un petit arthropode myriapode. Il appartient au groupe des Chilop, c’est-à-dire des mille-pattes chasseurs : il est peu trapu et a de longues pattes.

Les punaises sont également attaquées par des réduvidés prédateurs, la fourmi pharaon, les araignées, les pseudoscorpions, les mites et les cafards.

Habitat

Jacques-Christophe Valmont de Bomare liste les endroits où se trouvaient les punaises des lits au xviiie siècle :

« Aussi naissent-ils abondamment dans les vieux bâtimens, dans les appartemens voisins des poulailliers, des colombiers, des cages de cailles & des fours, dans les vieilles solives des maisons, dans les lits, sur-tout dans ceux dont le bois est de sapin, où il y a de vieilles paillasses, ou dont la paille & les draps ne sont pas assez souvent renouvelés, ainsi que les matelas ; dans ceux qui sont proches de vieilles cloisons ou de vieilles murailles enduites de plâtre, ou près de vieux livres : on en voit une plus grande quantité aux chambres d’en haut, aux lieux secs & exposés au midi, principalement dans les grandes villes bien peuplées, & où les maisons sont à plusieurs étages, comme à Paris : elles sont moins communes à la campagne. »

Détection

Avant de chercher à les éradiquer, il faut bien détecter les nids des punaises, souvent situés à quelques mètres d’un endroit où les hommes passent beaucoup de temps :

  • Lit ;
  • Cordon de matelas ;
  • Meubles proches du lit, placard à linge, rideaux, fente de bois ou du plancher, cadres de tableau, tringles à rideau…
  • Conduites d’aération.

Les indices de présence des punaises sont :

  • les piqûres ;
  • des taches de sang sur les draps ;
  • des déjections, liquides au moment de l’émission, formant ensuite des points noirs (amas de 1 à 3 mm) éventuellement noyés dans les fibres du tissu du drap.

Pour détecter les nids de punaises, il est utile de passer les surfaces planes (murs, matelas, meubles) en lumière rasante (très prés d’un mur) d’une lampe de poche.

Éradication

Adultes (rouges) et larves (blanches) dans le bâti d’un lit infesté.

Après une décontamination

Une fois désinsectisés, les objets doivent être préservés de la recontamination. Pour cela, les sacs plastiques transparents à fermeture étanche sont bien adaptés (sacs de congélation pour petits objets ou similaires pour des objets plus grands). Pour protéger les objets de façon efficace, il est nécessaire de faire un test de fuite de l’air au préalable, de fermer des trous éventuels avec du ruban adhésif, et évidemment de bien fermer les sacs. Un marquage des sacs : objets propres / objets infestés peut également être utile.

Les meubles infestés jetés doivent être déposés directement aux déchetteries ou au moins marqués comme infestés par punaises de lit et donc dangereux, afin de prévenir la contamination de ceux qui pourraient éventuellement les reprendre.

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