La couleuvre vipérine mâle fait en général moins de 70 cm ; les femelles, plus grandes, peuvent atteindre jusqu’à un mètre2.

Elle possède une tête bien distincte et assez large, et des yeux avec des pupilles rondes. La coloration, assez variable, est généralement marron ou grisâtre mais peut être teintée de jaune olivâtre ou de rouge. Sur le dos, s’alignent deux rangées de taches décalées, sombres, fusionnant souvent pour former des barres ou un zigzag bien marqué.

La tête comporte un motif caractéristique en forme de chevron (« ∧ ») sur le haut de la tête et le cou. Le ventre est blanchâtre, jaune, rouge ou marron avec un motif en damiers noirs.

Détail de la tête de la Couleuvre vipérine

Couleuvre vipérine (Hérault, France)

Détail de la tête

Mimétisme

Elle est appelée « vipérine » car ses motifs en zigzags sur le dos ressemblent à ceux de certaines vipères. Contrairement à celles-ci, elle ne possède pas de venin et présente des pupilles rondes et non fendues verticalement, et les écailles sur sa tête sont plus grosses. Souvent confondue avec Vipera aspis atra, de couleur grise, et Vipera aspis francisciredi, marron orangé, elle partage une partie de son aire de répartition avec celles-ci. Cette stratégie adaptative lui permet de faire croire à de potentiels prédateurs qu’elle est venimeuse, à l’instar de la vipère aspic.

Cette confusion a par ailleurs donné naissance au mythe de « l’aspic d’eau » qui serait une vipère vivant dans les cours d’eau. Il s’agit en réalité de la couleuvre vipérine et non de la vipère aspic puisque cette dernière ne fréquente généralement pas les milieux humides.

Comportement et écologie[modifier | modifier le code]

La couleuvre vipérine est une espèce diurne, parfois crépusculaire ou nocturne par temps chaud.

Elle est carnivore et se nourrit de petits poissons et d’amphibiens comme des grenouilles du genre Pelophylax en rivière, ou des rainettes (genre Hyla) dans les trous d’eau. Elle chasse souvent dans l’eau en se guidant avec son odorat et son toucher, pour déloger les petits animaux cachés sous les pierres ou dans la végétation aquatique. Elle chasse également à terre des vers de terre et de petits mammifères. Les jeunes se nourrissent de têtards, d’insectes et de petits poissons.

C’est avec la couleuvre à collier la seule couleuvre de France que l’on peut voir nager à la surface de l’eau. Contrairement à cette dernière, il arrive à la couleuvre vipérine de plonger pour nager plus en profondeur.

Elle se retire dans l’eau quand elle est dérangée mais, si elle se sent menacée, elle siffle, aplatit la tête et peut attaquer à plusieurs reprises.

La reproduction a lieu au printemps, à la sortie de l’hivernation. L’accouplement dure une heure. La femelle pond de 3 à 16 œufs d’environ de 28 à 40 mm sur 14 à 19 mm, au fond d’un trou près des berges. Les œufs éclosent au bout de 6 à 13 semaines, pour donner des nouveau-nés de 14 à 22 cm de long.

Menaces

L’espèce n’est pas considérée par l’UICN comme une espèce menacée3. Toutefois, elle est indirectement menacée par la pollution de l’eau qui fait décroître les populations de proies potentielles (poissons, amphibiens). Par ailleurs, à cause de sa ressemblance avec la vipère aspic, ce serpent est souvent tué par des personnes ignorantes croyant tuer une vipère, bien que cette couleuvre soit inoffensive et protégée dans certains pays. Enfin, en Tunisie, des spécimens morts sont vendus aux touristes en guise de souvenirs.

Cette espèce est citée en annexe III de la Convention de Berne. Elle est par ailleurs protégée par la loi en France et en Suisse.

 

Vipère aspic

Vipera aspis

Vipère aspic

La Vipère aspicVipera aspis, est une espèce de serpents de la famille des Viperidae1. Il s’agit d’un animal assez communément rencontré en Europe de l’Ouest, notamment dans des milieux broussailleux. Connue et étudiée depuis très longtemps, elle occupe une place importante dans la culture des pays de son aire de répartition.

Cette espèce utilise son venin pour tuer ses proies et parfois pour se défendre, notamment contre les humains chez qui une morsure peut être mortelle.

Elle est par ailleurs protégée par les conventions internationales ainsi que par la législation de plusieurs pays où elle est présente, comme la France et la Suisse.

Descriptif

Morphologie et couleurs

Vipère aspic

Œil de vipère aspic

C’est un serpent au corps épais, à la tête nettement définie, large et triangulaire, aux yeux à pupille verticale et au museau retroussé. Ce sont les quatre caractères les plus apparents qui distinguent la vipère aspic des couleuvres. Les écailles du corps montrent une arête longitudinale médiane (on dit qu’elles sont carénées). Le dessin des marques dorsales est variable mais forme souvent en France un motif de bandes transversales foncées pouvant devenir une bande en zig-zag brun foncé ou noire dans le sud-ouest2. La face inférieure du bout de la queue est en général jaune ou rouge. La queue est petite et mince chez la femelle, plus longue chez le mâle. Elle a des dessins moins marqués que ceux du mâle. Le mélanisme est fréquent dans les vallées alpines où est présente la sous espèce Vipera aspis atra3,4.

Adulte, elle mesure entre 50 et 70 cm mais peut atteindreN 1 90 cm. Les mâles sont en général plus grands que les femelles mais celles-ci sont plus trapues.

La vipère aspic mue deux à trois fois par an durant sa période active.

Confusion possible

Il faut préciser qu’en France le serpent que l’on peut généralement voir nager la tête hors de l’eau et éventuellement plonger est la couleuvre vipérine (Natrix maura) ressemblant beaucoup à une vipère, ou la couleuvre à collier (Natrix natrix), parfaitement inoffensives toutes les deux. Quoi qu’il en soit les vipères européennes ont toutes les pupilles fendues verticalement, alors que celles des couleuvres sont toujours rondes. Cette remarque est valable pour la Coronelle girondine qui fréquente les mêmes biotopes que la vipère Aspic.

Les vipères aspic ne peuvent s’immerger et ne se nourrissent jamais de poissons, donc tout serpent complètement sous l’eau ou hors de l’eau mais avec un poisson dans la gueule est une couleuvre vipérine (Natrix maura) ou une couleuvre à collier (Natrix natrix).

Biologie et éthologie

Comportement

Vipera aspis zinnikeri, large bande dorsale, Pyrénées Orientales

L’aspic est une vipère diurne qui peut parfois être active au crépuscule ou la nuit.

La période active se situe entre février et novembre (dans le bocage vendéen5). À la fin de l’hivernage, courant février à faible altitude mais jusqu’en avril au-dessus de 1 500 m, les mâles sortent lentement de leur abri (crevasse, terriers de rongeurs). Ils précèdent les femelles d’une quinzaine de jours. Ils cherchent des lieux favorables pour se réchauffer au soleil. Les substrats préférés observés par Guy Naulleau5 en Vendée sont la terre plus ou moins recouverte de feuilles, la mousse et les souches. La température corporelle recherchée est aux alentours de 30 °C. Plusieurs mâles peuvent se rassembler les uns sur les autres dans ces lieux.

Après cette période passive, les mâles commencent à se déplacer, ce qui marque le début de la période sexuelle. C’est alors que des combats rituels s’engagent entre eux : les corps s’enroulent vigoureusement, les têtes se redressent et s’affrontent mais les morsures sont rares.

Suivant les conditions climatiques, la reproduction peut avoir lieu tous les ans ou tous les 2, 3 ou 4 ans, comme dans les régions froides alpines. La longueur du cycle dépend de la reconstitution des réserves lipidiques de la femelle6. Au printemps, la période d’accouplement se situe en mars-avril-mai.

Plusieurs mâles peuvent se regrouper autour d’une femelle pour former ce qu’on appelle une « boule de serpents ». Lors du préliminaire de l’accouplement le mâle se frotte sur la femelle. Si celle-ci s’enfuit, le mâle la recherche et quand il la retrouve, les préliminaires recommencent. Lors de l’accouplement, le mâle enroule sa queue autour de celle de la femelle et ajuste son cloaque au sien. L’organe sexuel du mâle est constitué de deux hémipénis contractés à l’intérieur de son cloaque. Un de ceux-ci, introduit dans le cloaque de la femelle, devient turgescent et fixe solidement le couple. L’hémipénis ne comporte pas de canal mais simplement un sillon facilitant le passage du sperme dans les voies génitales de la femelle. L’accouplement dure environ une heure.

Au printemps, la femelle s’accouple avec plusieurs mâles différents. Une autre période d’accouplement se situe à l’automne si les conditions climatiques le permettent.

La durée de gestation est variable suivant la température ambiante. Les mises bas ont lieu en août en plaine et en septembre-octobre en montagne. L’espèce est vivipare. Une fois sorti du cloaque, le vipéreau est alors livré à lui-même. Il mue dans les 24 heures. Bien que pourvu de venin, le petit ne s’alimente pas.il attendra le printemps suivant pour chasser.

L’hivernage commence vers novembre avec les femelles, suivies par les mâles une quinzaine de jours plus tard. Les vipères s’enfouissent à 20-30 cm de profondeur dans des galeries naturelles. Elles y vivent en léthargie, sans être totalement inertes, durant 3 mois.

La maturité sexuelle a lieu vers 3-4 ans chez le mâle et 5-6 ans chez la femelle.

Alimentation

La vipère aspic se nourrit principalement de micromammifères (campagnols, mulots, musaraignes) mais aussi parfois de reptiles (lézards) et d’oiseaux. Les juvéniles se nourrissent surtout de lézards.

Elle tue ses proies en leur injectant son venin. Elle peut ingérer des proies pouvant être jusqu’à quatre fois plus grosses que sa tête. La déglutition est possible parce que les ligaments qui relient ses mâchoires sont très élastiques. L’estomac des serpents produit des enzymes et des acides extrêmement puissants, capables d’attaquer tous les tissus y compris les dents mais pas les poils et les griffes qui sont expulsés dans les fèces3(Naulleau 1967).

Appareil venimeux

Crochets à venin d’une vipère aspic.

La vipère aspic a une denture solénoglyphe. Les crochets à venin, placés à l’avant de la mâchoire, sont mobiles. Il arrive régulièrement que, lors de la capture d’une proie, un crochet se brise et soit avalé par le serpent. Il peut alors être retrouvé dans les excréments7 et un nouveau crochet venimeux, situé préalablement à l’arrière du crochet brisé, se met immédiatement en place5.

Au repos les crochets à venin sont repliés vers l’arrière dans l’intérieur de la bouche. Le venin a pour fonction de tuer les proies et d’assurer une part de la digestion.

Distribution et habitat

Répartition

Aire de répartition de la vipère aspic.

La vipère aspic n’est présente qu’en Europe de l’Ouest. Elle se rencontre dans le nord-est de l’Espagne, en France, en Suisse, en Italie, dans l’extrême sud-ouest de l’Allemagne dans la partie méridionale de la ForêtNoire, en Slovénie et en Croatie1.

En France, elle est partout présente sauf au nord d’une ligne joignant la Loire-Atlantique à la Moselle ; elle est aussi absente en côte d’Azur et en Corse.

Sa limite nordique est liée aux conditions climatiques. Cette espèce requiert, en effet, une température suffisante pour terminer son cycle reproductif avant d’entrer en hibernation (Saint Girons 1977).

Habitat

Vipère Aspic dans son lieu l’insolation près de son abri, aux environs de la Forêt de Tronçais, dans l’Allier

La vipère aspic vit dans une grande variété d’habitats. Elle affectionne particulièrement les écotones (zone de transition écologique entre deux écosystèmes) entre milieux ouverts et boisés8.

Elle est commune dans les terrains accidentés mais se fait plus rare de nos jours dans les plaines cultivées, notamment à cause de l’agriculture intensive. Elle est souvent présente dans les milieux secs, tels que les coteaux rocheux embroussaillés ou les bois ouverts et leurs lisières, les haies des bocages, les murs de pierres sèches, les friches, etc2. Mais contrairement à une croyance commune, elle peut aussi vivre dans des milieux plus humides, en particulier dans les régions où la vipère péliade, espèce plus compétitive dans ces milieux, est absente9. En hautes montagnes, on la trouve fréquemment au bord des torrents ou des étangs.

La présence de la vipère aspic est liée à celle des petits rongeurs (mulots, campagnols) qu’elle consomme.

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